Danser la rencontre

La communication de deux êtres est une rencontre, un mouvement de l’un vers l’autre, une création initiée par l’un et l’autre, alternativement, où l’on ne sait plus qui entraîne qui et qui suit qui, comme une danse où les deux partenaires sont tour à tour celui qui guide et celui qui est mené. Symboliquement, vous pouvez vous amuser avec une personne de votre choix à initier une danse l’un avec l’autre en alternant celui qui mène la danse. Puis au bout d’un moment, vous pourrez découvrir que vous ne savez plus vraiment lequel entraîne l’autre. Une complicité inconsciente s’est mise en place, un nouveau dialogue prend vie dans l’espace. Danser la rencontre comme des enfants qui se meuvent et s’émeuvent dans la spontanéité, le jeu, l’imagination.

Ce courant de l’un à l’autre ne peut avoir lieu qu’au sein d’ un espace de liberté où chacun trouve sa place avec accueil et respect. Un espace de liberté dans lequel on se connecte à soi-même pour connaître ses besoins et à l’autre pour prendre en compte également ses propres besoins et au-delà de cette connaissance une rencontre saine peut avoir lieu, où l’on sait si on peut trouver un point d’accord et d’entente ou si au contraire on est d’accord sur le fait que nous ne sommes pas d’accord. C’est comme s’apprivoiser, se reconnaître. Dans certaines cultures africaines, le salut traditionnel n’est pas « Comment allez-vous ? » ou « Comment ça va ? » mais « Je vous vois » qui correspond à une reconnaissance, un accueil de la personne, qui a lieu à un niveau plus profond que le simple « ça va » ou bien souvent on attend même pas la réponse. Regarder en voyant, en étant ouvert et attentif, en laissant l’autre être lui-même et en étant nous aussi, nous-même sans chercher à se cacher derrière un masque ou une personnalité de façade. Juste « Être ».

On s’apprivoise par la confiance et la liberté. Si vous cherchez à dompter un cheval en l’enfermant dans un box, il va devenir encore plus violent et révolté, mais si au contraire vous lui offrez une grande prairie où il peut courir à son aise et que peu à peu vous avancez doucement vers lui, que vous faites connaissance peu à peu, il va finir par se laisser approcher et apprivoiser. Et comme l’illustre si bien  Saint-Exupéry, dans « Le Petit Prince » lors de sa rencontre avec le Renard :

– On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le Renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
– Que faut-il faire ? dit le Petit Prince.
– Il faut être très patient, répondit le Renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’oil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…

Ce rapprochement de l’un vers l’autre, cette acceptation, c’est laisser le mouvement naturel s’effectuer, en se laissant porter par l’énergie de la vie qui nous traverse. Faire corps avec le flux du courant et partir à la découverte.} else {